La France et la Lettonie, des relations de proximité anciennes

A quelques jours de la Fête Nationale française, que je célèbrerai pour la première fois à Riga, il m’a semblé important de faire un point sur le lien qui unit la France et la Lettonie, deux pays très différents de par leur superficie et leur population , qui n’en partagent pas moins une histoire et des valeurs communes essentielles.

1) Le lien historique entre ces deux pays est ancien.

Deux siècles et demi avant la constitution de la Lettonie d’aujourd’hui, La Courlande, alors Etat souverain, livre 24 bateaux de guerre au Roi de France. En 1643 la France et le Duché de Courlande signent un accord de commerce et des agents consulaires courlandais sont désignés dans plusieurs ports français. C’est ensuite à Mitau (Jelgava), sur le territoire de Courlande, que trouva refuge en 1798 Louis XVIII, futur Roi de France, qui fuyait avec sa cour la Révolution française. Quelques années plus tard, un neveu de Talleyrand épousera Dorothée de Courlande, dont nous retrouvons aujourd’hui l’histoire au Château de Rundale, le « Versailles letton », qui fut transformé en hôpital de campagne par l’armée napoléonienne et où sont inhumés des soldats de la Grande Armée.

En 1919, la France et la Lettonie nouent des relations diplomatiques, avec l’accession de cette dernière à l’indépendance. C’est grâce au capitaine de vaisseau Brisson, commandant français à la tête d’une flotte franco-britannique, que la ville de Riga put être libérée à l’automne 1919. Le soutien actif du Ministre français des Affaires Etrangères de l’époque, Aristide Briand, lors de la conférence des Alliés à Paris en janvier 1921, facilita la reconnaissance officielle de l’Etat letton en janvier 1921.

Avec le rétablissement de l’indépendance de la Lettonie, le Président François Mitterrand fut le premier chef d’Etat occidental à se rendre en Lettonie, en mai 1992, marquant la fin d’une longue période durant laquelle la France n’a jamais reconnu l’annexion de la Lettonie (le Général de Gaulle rappelait dans ses interventions publiques, « l’asservissement auquel étaient soumis les Etats baltes »). Les réserves d’or que la Lettonie avait confiées à la Banque de France purent être remises aux autorités lettones.

La France et la Lettonie ont célébré à Paris en novembre 2016, avec l’Estonie et la Lituanie, le 25ème anniversaire du rétablissement de ces relations diplomatiques, mettant en évidence le chemin parcouru depuis, qui a permis à la Lettonie de rejoindre en un temps record l’ONU, l’OTAN, le premier cercle de solidarité de l’Union Européenne puis l’OCDE.

2) Au-delà de ce lien historique ancien entre la France et la Lettonie, ce sont des valeurs essentielles que les deux pays ont en partage.

Si très rares sont les Français qui pratiquent la langue lettone, nombreux sont les lettons qui parlent la langue de Molière. J’en veux pour preuve le nombre croissant d’apprenants du français à l’Institut Français de Lettonie. Cet attrait pour la langue française illustre l’importance qui est attaché ici en Lettonie à la culture française.

En 1951, c’est l’intérêt porté à la littérature française, notamment à l’ouvrage d’André Gide « En revenant de l’URSS », qui a conduit en Sibérie un groupe de 13 intellectuels lettons. L’exposition réalisée en novembre 2004 à Riga autour des œuvres de Kurts Fridrihsons, l’un des peintres lettons membres du « Groupe Français », a permis de découvrir leurs travaux réalisés en Sibérie et en Lettonie.

Les festivals tels que « Etonnante Lettonie », organisé en France en 2005, puis le « Printemps français », qui s’est tenu en Lettonie en 2007, ont montré la densité des liens culturels entre les deux pays. A cet égard, l’exposition sur le « Symbolisme balte », que le Musée d’Orsay à Paris accueillera au printemps 2018, dans le cadre des manifestations du centenaire de la Lettonie, permettra de découvrir un langage culturel du symbolisme propre aux Etats baltes, forgé au moment de leur accession à l’indépendance, à un moment où les artistes de cette génération de peintres avaient fait de Paris leur terre d’élection.

Les commémorations du Centenaire de la Lettonie devraient être l’occasion d’exposer à Paris les œuvres de Kurts Fridrihsons et de multiplier les évènements culturels, autour du cinéma, de la musique et de la littérature lettone et balte, contribuant à mieux faire connaître en France la Lettonie et les Etats baltes.

A travers ces liens historiques et culturels, ce que Lettonie et France ont en commun, c’est une même adhésion aux valeurs fondamentales de liberté et de démocratie. Ces valeurs, qui n’ont pas pris une ride depuis les philosophes des lumières, sont essentielles pour l’avenir de l’Europe et pour nous permettre de répondre en commun aux défis internationaux.

La période qui s’ouvre devant nous est l’occasion d’une coopération politique renforcée au service tant de la sécurité et de la défense de la région balte que de la relation bilatérale et de la refondation de l’Europe, à laquelle la France et la Lettonie ont redit à plusieurs reprises leur attachement.

Dernière modification : 14/07/2017

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